Contrairement aux idées reçues, posséder une intelligence exceptionnelle n’est pas une garantie de bonheur et de réussite.

Quand je reçois à mon cabinet des adultes à haut potentiel, le motif n’est jamais celui ci. Tous expriment un mal être parfois même un état dépressif dans lequel ils disent se sentir en profond décalage avec les autres, sans comprendre pourquoi.

Souvent leur demande est d’entreprendre un travail sur eux même pour gommer leur différence qu’ils perçoivent comme une souffrance et comme quelque chose de négatif quand ils observent dans le regard des autres leur étrangeté.

Comme en témoigne une collègue, Monique de Kermadec, « les adultes que je reçois ont longtemps vécu avec leur différence secrètement, comme un aspect négatif de leur personne dont ils ne pouvaient parler ».

Lorsqu’ils découvrent enfin qu’il y a un mot qui explique leur fonctionnement, qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils ne souffrent pas d’une pathologie psychiatrique, c’est un vrai sentiment de soulagement, de reconnaissance et une vraie reprise de confiance en soi.

J’ai pu constater chez eux une certaine euphorie, du moins une fois cet état de fait accepté. En effet, beaucoup vont douter de pouvoir être à « haut potentiel », car ils estiment n’avoir aucune compétence particulière. Ils se raccrochent alors souvent à des éléments sociaux externes et principalement au fait qu’ils n’ont, pour beaucoup, pas une carrière brillante. Pour eux, s’ils avaient été « surdoué » comme le mot l’indique, ils auraient fait de brillantes études et une brillante carrière.
Or il n’y a pas nécessairement de corrélation entre « surdouance » et brillantes études et/ou brillante carrière.

Aujourd’hui notre société est plus sensible à la « surdouance » et les enfants sont diagnostiqués tôt, ce qui n’était pas le cas 20 à 30 ans en arrière.

Contrairement aux idées reçues, “avoir un QI élevé, ce n’est pas tellement être qualitativement plus intelligent que les autres, mais surtout avoir un fonctionnement qualitativement très différent au niveau intellectuel » comme le souligne Jeanne Siaud-Facchin.

La « surdouance » se caractérise par une curiosité insatiable, un mode de raisonnement arborescent ( autrement dit fonctionnant par association d’idées), une hyperactivité, une hypersensibilité, une sensibilité aux détails …

Selon les spécialistes cela concernerait 1 million d’adultes en France.

Agé de 19 ans, Léonard, est un jeune homme appartenant aux personnes à haut potentiel. Son témoignage illustre parfaitement cet état:
« Déjà petit on me disait que je parlais comme les adultes. D’ailleurs je n’étais bien qu’avec eux”, dit-il.
Très tôt des interrogations l’obsèdent : “Suis-je marginal ? Suis-je plus bête que les autres ?” Emotif, il “absorbe la souffrance des autres comme une éponge”.
En classe, on lui reproche de “trop se disperser”.
Il mène néanmoins son chemin cahin-caha, redouble sa 1re, décroche son bac.
La révélation, à 18 ans, de sa « surdouance » a agi “comme un coup de fouet”, même si une insatisfaction demeure : “Je pense toujours que je pourrais faire mieux”, dit-il, avouant traverser encore des phases de dépression.

Le regard porté sur les enfants surdoués a beaucoup évolué ces quinze dernières années, observe Monique de Kermadec.
Il faut espérer que les adultes, confrontés à une certaine méfiance quand ce n’est pas du rejet, vont pouvoir désormais évoluer aussi favorablement.”

Pour aller plus loin:

Je conseille aux personnes qui ont pu se reconnaitre dans ces quelques lignes, de lire ces deux ouvrages, en commençant par l’ouvrage L’Adulte surdoué:

Monique de Kermadec L’Adulte surdoué (Albin Michel, 2011)

Jeanne Siaud-Facchin, Trop intelligent pour être heureux (Odile Jacob, 2008)