Parentification, relation d’accaparement: définitions de mécanismes psychologiques complexes

Avant toute chose il est important de définir deux notions qu’on retrouvera tout au long de cet article.

Tout d’abord je voudrais définir ce que nous entendons par  relation d’accaparement “ .

Dans la relation d’accaparement, le parent dépose chez l’enfant toutes ses angoisses ce qui va mobiliser chez lui toutes ses ressources pour le secourir. Progressivement l’enfant va devoir se positionner en adulte pour répondre aux besoins du parent. C’est ainsi que l’enfant se trouve parent de ses parents. C’est ce qu’on appelle la  » parentification « .

Ce qui nous conduit à définir cette deuxième notion.

La parentification de l’enfant est un processus interne à la vie familiale qui amène un enfant ou un adolescent à prendre des responsabilités plus importantes que ne le voudraient son âge et sa maturation et qui le conduisent à devenir un parent pour ses parents ? (Parentification et thérapie familiale par Jean François GOFF).

Trois éléments majeurs la caractérisent:

  • Tout d’abord l’enfant va être sollicité au delà de ses compétences, y compris celle psychique.
  • Elle s’inscrit dans la durée
  • Et pour finir le parent est dans la non reconnaissance de ce que l’enfant donne.

Une situation familiale ambigue dans laquelle l’enfant s’enferme dans le processus de parentification

Ce processus s’observe le plus souvent lorsque les ou le (dans le cas de famille monoparentales) parents sont fragilisés: par exemple lorsqu’il est atteint d’une maladie, ou endeuillé, dépressif, malheureux ou encore alcoolique.

Comme toujours ces situations ne conduisent pas systématiquement l’enfant à être dans un rôle de parentification. C’est la façon dont il va se positionner par rapport au(x) parent(s) fragile(s) et également la façon dont le parent va le solliciter qui sont susceptible de créer cette relation d’accaparement.

L’enfant face à la détresse de son parent, va se donner pour mission de combler ou de réparer ses blessures. Le parent quant à lui va le solliciter de façon consciente et/ou inconsciente afin d’obtenir de l’aide. Le résultat possible de cette double dynamique est que l’enfant se retrouve peu à peu enfermé dans un lien de dépendance dont il n’arrive pas à s’extraire. La peur d’abandonner son père ou sa mère face à ce contexte de faiblesse condamne l’enfant à tenter d’assumer un rôle qui n’est pas le sien. Sa mission devient interminable et vaine et il se retrouve constamment confronté à un adulte malheureux ou fragile. Ce reflet de la figure parentale le revoit constamment à un sentiment d’impuissance et de culpabilité.

La perversité de ce mécanisme est encore renforcé par l’attitude de l’adulte, qui très souvent dénie la réalité de l’enfant et a le sentiment que c’est pour son bien. Ce mode de fonctionnement complète l’enfermement de l’enfant dans un lien de culpabilité.

Les effets de la relation inversée parent/enfant

Cette relation entre parent et enfant est particulièrement nocive car l’enfant voit sa place sacrifiée. Elle place l’enfant dans un double paradoxe. D’un côté il doit nier l’enfant qui est en lui et de l’autre côté on lui donne une place majeure : s’occuper de son parent fragile, mission qui sera impossible à atteindre.

Comme déjà indiqué, l’enfant va être amené à développer un fort sentiment de culpabilité face à un parent qui n’est jamais satisfait;. Cette relation conduit progressivement l’enfant à perdre confiance en lui et à développer une mauvaise estime de soi. Cette situation va l’handicaper dans son accès à l’autonomie et va le placer dans un lien toxique de dépendance affective. On observe également chez eux des tendances dépressives, voire suicidaires et parfois même agressive.

A l’âge adulte, il n’est pas rare d’observer dans leur relation de couple des déséquilibres, étant souvent poussé vers un conjoint fragile. Ils se sentiront effectivement plus en confiance dans ce type de schéma relationnel où ils retrouveront la place qu’ils ont toujours connue. On constate également qu’il s’agit souvent de personnalités qui ont une très mauvaise connaissance d’eux même, résultante naturelle d’un climat relationnel où ils ont toujours été nié et où leur personnalité n’a finalement pas pu s’exprimer en dehors du rôle de  » parentification « . Cela se traduit très concrètement sur des difficultés à entreprendre des actions et à faire des choix pour soi mais aussi par des difficultés à exprimer leurs propres blessures (le fait qu’elles aient été pendant trop longtemps niées n’ayant pas permis une élaboration de cette souffrance.)

Bibliographie sur la parentification:

Berger, V. (2007). Les dépendances affectives : aimer et être soi, Paris : Eyrolles

Le Goff, J.F. (1999). L’enfant, Parent de ses parents, Paris : L’Harmattan

Tenenbaum, S. (2010). Vaincre la dépendance affective : Pour ne plus vivre uniquement par le regard des autres, Paris : Albin Michel

10 réponses
  1. Christine
    Christine dit :

    Bonjour,
    Merci pour cet article.
    C’est tout à fait ça, je viens de comprendre que je suis dans ce cas depuis mon enfance, j’ai 41 ans, et enfin je peux mettre un « maux » sur ce qui m’empêche de vivre une vie normale.

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    • anonyme
      anonyme dit :

      Nous sommes aussi leurs extension dans la parentification projective. Moi aussi je l’ai toujours su mais c’est plus qu’évidant que c’est vraiment cela. Ma mère me la même mentionner elle disait exemple: tu n’est pas maternelle avec moi, elle disait tu es ma mère et j’ai besoin toujours sans cesse de l’amour d’une fille. Donc enfin nous somme sur la bonne piste. J’ai remarquée qu’a chaque fois que je prends soin de moi simplement elle sabote cela pour me rendre dépendante de elle. Je ne la laisse pas faire et j’essaye de ne pas lui montrer que c’est difficile car sinon ca lui donne du pouvoir sur mes émotions. C’est notre vie et nous sommes maîtres de nos choix etc..

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  2. Rachelle
    Rachelle dit :

    Bonjour.
    Je n’ai pas de commentaire mais je souhaiterais en tant que grand-mère, essayer d’éclaircir des attitudes que je trouve bizarres entre un père (35) et son fils (4,11) qui me paraissent dignes d’intérêt. Vénération, caresses fréquentes, visualisation sur PC portable de différentes choses avec son papa, Papa je t’aime, mon papa par çi, mon papa par là…. alors que le père est tantôt aimant tantôt souvent agressif à l’égard de son fils. Je questionne discrètement le petit mais il reste souvent muet et n’a pas l’air à l’aise avec mon compagnon qui le gâte pourtant bcp. avez vous des conseils pour m’aider ou un site internet où je pourrais consulter les « manières susceptibles » de m’obliger à vraiment insister auprès de l’enfant afin d’être sûre de moi avant de lancer un pavé dans la mare. Merci.

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    • Taylor
      Taylor dit :

      Bonjour, il n’y a pas assez de détails pour en être sure mais peut-être que vous devriez vous informer sur les “pervers narcissiques”.
      Mon père en était un et c’était à peu près la même chose mais c’est devenu de pire en pire avec le temps. Si vous recherchez ça vous trouverez beaucoup d’articles dessus.

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  3. Martinez
    Martinez dit :

    Merci pour cet article qui me touche car c’est le reflet de ce eu j’ai vécu avec une maman dépressive, cela m’ouvre les yeux sur bop de choses et m’aide a mieux comprendre , le petit désaccord serait sur le fait des difficultés à entreprendre je n’ai pas éprouvé ce problème merci encore

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  4. clodie
    clodie dit :

    Bonjour,

    Oui je me reconnais bien dans cette situation, j ‘ai 49 ans et cela fait 20 ans que je tente de démêler
    Une grand mère qui remplace le fils aîné décédé donc va avoir du mal à s’assumer son mari sera maltraitant avec leur fille.
    Ma mère dépressive dépendante de son mari ne pourra plus s’occuper de ses filles et personne l’aidera.
    Livrés à nous même à 16 ans, je tombe accidentellement enceinte (déni de grossesse) d’un ami de ma sœur…
    Bien sûr, je n’ai pas été crue,comprise mais jugée de menteuse
    Non soutenue par ma mère, ma sœur et les services sociaux ,
    A 19 ans j’ai abandonné mon enfant et à 29 ans mon emploi, jugée des années après par ma famille d’avoir abandonné l’enfant !
    Je n’en suis pas encore remise, j’ai tenté un premier exil mais j’ai échoué.
    Depuis 18 mois je sors progressivement du déni et prend conscience de mes deux sacrifices pour me faire aimer ce qui était impossible mais je l’ai longtemps cru…
    Alors courageusement face à cette escalade de souffrance sans fin je suis en train de rompre irrévocablement
    Renoncer à cette loi familiale archaïque ou l’un doit porter l’autre, le cadet quoi qu’il fasse n’aura pas de place sûrement sa place est t’elle hors de cette famille repliée sur elle même.
    Je pense que ce n’est qu’ainsi que les portes de la liberté s’ouvriront, une nouvelle vie.
    Merci pour vos retours cela me fera chaud au cœur et m’encouragera à maintenir mon cap.

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  5. Patrick Leveque
    Patrick Leveque dit :

    Un grand merci pour cet article qui m’éclaire sur des troubles psychiques ” m’acca-parent ” depuis l’enfance . La résultante actuelle est la suivante : de l’âge de 46 ans à 56 , je me retrouve seul à gérer ma mère , atteinte de dysfonctionnement des fonctions cognitives ainsi que de démence sénile ; avec pour effets aggravants les dénis de mon père et de mon frère , , auxquels s’ajoutent un comportement belliqueux de leur part . La conséquence pour moi , est une dépression ” longue durée ” . Pour tenir le coup , je suis en psychothérapie depuis 9 années . Depuis peu , j’ai obtenu une Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé . L’amputation de mon dévelloppement personnelle , tant d’un point de vue amoureux est colossale . Je me demande si un recours en justice st envisageable pour demander réparation ?

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  6. Delannoy
    Delannoy dit :

    Mes parents m ont donné le même prenom que leur première petite-fille morte à 2 ans
    Je me rends compte après la lecture des articles que je ne fais que panser les blessures émotionnelles surtout de ma mère
    Je suis l enfant sauveur qui répond à toutes ses demandes

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  7. Olmedo
    Olmedo dit :

    des fois ,je me demande si on doit incriminer les gens fragiles…j’en suis une…mon fils est de très prêt surveillé comme si j’étais une affreuse mangeuse d’enfant……j’ai une longue histoire avec la psychiatrie…..peut être il y a eu inversion des rôle et que moi même me suis constituer comme sauveuse….mais tout cela est difficil toujours sans avancer sur des oeufs pour tout le monde en général…..les enfant son des capteur d’ondes….seule,il est difficil de bien faire,seule et accompagné d’une famille ayant une confiance sans précédant sur leur façon d’agir…..j’ai tant à dire sur ce sujet que j’arrête là….

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